Fone Vizine, Le Brigadier
coups dç bâton dont son père le menace — ce sont les élégances françaises et les gestes qu'elles imposent. « Jadis, remarque un journal, nous étions droits, simples, un peu grossiers; nous ressemblions aux statues dont on orne les jardins; maintenant, grâce au zèle de messieurs les Français, nous ressemblons à des poupées qui sautent, causent, agitent la tête et les mains1. » Le seul ressort de ces poupées, c'est l'amour du luxe, des plaisirs, des vices, bien entendu, français. Pour les petites revues, le seul des péchés capitaux que nous ne travaillions pas à acclimater, ou du moins à perfectionner en Russie, c'est l'avarice, et pour cause : si les Russes ne jetaient pas les roubles par les fenêtres, que deviendrions-nous? D'ailleurs, bons garçons, nous leur apprenons ensuite à se rattraper sur d'autres. « Un Français, annonce une lettre de Tver dans le Peintre, vient de fonder une institution où l'on enseignera à toute la jeunesse russe l'art de tromper aux cartes.... Il jure, sur sa conscience française, qu'il amènera bientôt ses élèves à un état tel qu'ils n'auront plus qu'une ressource, tromper les autres comme on les a trompés eux-mêmes. »
Mais le péché mignon des Français, c'est la galanterie; elle est donc la principale matière de leur enseignement. Jadis le Russe était grave et pieux; le boïar ne sortait de chez lui que pour le service de Dieu ou du Tsar, ou pour le soin de ses affaires; la boïarine, enfermée dans le térem, brodait en pensant à son époux. Or, maintenant, grâce aux leçons des Français, grands seigneurs et grandes dames passent leur temps en aventures qui finissent par la ruine, sinon de leur santé, du moins de leurs biens2. Tout se tient, en effet : la coquetterie a besoin d'armes qui coûtent cher. « Nos femmes, écrit le prince Chtcherbatof, jadis, ne connaissaient pas leur beauté; maintenant elles ont commencé à s'apercevoir de leur puissance; elles l'ont