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aurait tort d'en conclure que l'allemand fût la langue exclusive des éducations sérieuses. En 1702, le Hollandais Huyssens a été chargé de celle du Tsarévitch Alexis ; or, le français en est la base. « Avant tout, dit Huyssens, il faut apprendre cette langue, qui est la plus facile et la plus usuelle. » Le Tsarévitch se servira donc de la même grammaire que le Dauphin. Il lira ensuite des dialogues faciles, en français et en allemand, puis des Considérations sur la politesse française, qui seront fort propres à le former aux belles manières. Il passera enfin à des ouvrages plus graves, au Discours sur V Histoire universelle, écrit pour le Dauphin, aux Aventures de Télémaque, écrites pour le duc de Bourgogne. Ces lectures n'en excluent pas d'autres, en d'autres langues ; il est visible pourtant que l'idée de Huyssens, c'est de faire d'abord ce qu'on fait à Versailles, et avec les mêmes instruments1. Or le Tsar l'approuve, et cela seul montre le peu d'importance de ses prétendues antipathies.
Pour cette éducation princière, pour les écoles que Pierre fondait de tout côté, il fallait des livres; il en fallait aussi pour les diplomates, pour les bureaux. Les agents russes en achètent donc partout. D'Amsterdam d'abord, puis de Paris, Postnikof expédie des dictionnaires, des grammaires, des méthodes pour apprendre le français en peu de temps2; puis des livres d'un intérêt plus spécial, sur le cérémonial militaire, l'organisation des armées, le Mémoire d'artillerie de Surirey de Saint-Rémy, les Travaux de Mars, la Véritable manière de fortifier les places, de M. de Vauban, et l'autre manière, celle de M. Blondel. Partent ensuite, pêle-mêle, des livres de droit français, de droit romain, des recueils d'arrêts du Parlement, dont le mauvais état témoigne qu'ils viennent de chez le bouquiniste, des atlas, des globes terrestres, des ouvrages sur les États, Empires et Principautés du monde, des descriptions de la France où l'auteur