Skabitchevski, Etudes critiques, I, p
Grand1, ce sont les voyages qui font tout. C'est de France que Matviéief rapporte les majorats et le droit d'aînesse2; c'est en Pologne et en Suède que la noblesse trouve l'exemple de cette « liberté aristocratique » qu'elle rêve d'imposer aux souverains3. Mais, bien qu'en 1773 on exprime encore l'espoir que le Grand-duc Paul gouvernera « à la suédoise4 », la décadence de la Pologne et de la Suède tourne les gens, de bonne heure, vers un autre modèle. Quand Catherine II songe à racheter son usurpation par l'octroi de libertés, c'est la Grande Charte d'Angleterre qu'elle fait tout d'abord venir d'Occident3. Plus tard, un de ses boursiers de voyage, Desnitski, lui rapporte d'Edimbourg un projet de constitution qui conserve l'autocratie, mais en la faisant contrôler par un Sénat6. Le prince Chtcherbatof est, lui, pour le système des deux Chambres, en remarquant, d'ailleurs, qu'il engendre beaucoup d'abus 7. Quoi qu'il en soit, ce qui domine chez les Russes de ce temps, c'est l'éloge de l'Angleterre pour une raison que les lettres d'Alexandre Kourakine font toucher du doigt. « Les heureux Anglais, écrit-il, n'ont rien à craindre de la disgrâce du souverain, ni de la haine des ministres 8. »
Cette anglomanie semble ne pas laisser de place à notre influence, et le fait est que, pour les gallophobes, nous n'en avons qu'une, toute négative, qui est de détacher le jeune Russe de sa patrie; à preuve l'Ivanouchka qui proclame que, si son corps est russe, son esprit « appartient à la couronne de France 9 ». Il arrive pourtant que nos livres contribuent à l'éveil des sentiments qu'on les accuse d'étouffer; c'est Y Histoire de