Lettre à la princesse Dachkof, Œuvres, XX, pp
4. Maurice Tourneux, Diderot et Catherine II, passim. — Articles de Bilbassof dans V Antiquité russe, XLII, pp. 265-266, etc.
plus tolérante que parle passé. Les vieux croyans ont respiré : ils ont pu avoir, à Moscou même, leurs cimetières, leurs hôpitaux, leurs églises. Les musulmans de l'Est ont été mieux traités aussi ; Catherine voyait dans leur polygamie un moyen d'accroître plus vite le nombre de ses sujets1. Dans les ex-provinces polonaises, elle a eu, pour les catholiques, plus d'égards que n'en auraient peut-être eu ses amis philosophes; elle y a laissé en paix les Jésuites, car l'éducation était un de ses gros soucis, et ces « coquins-là » s'y entendaient2. Il va sans dire enfin, que, pendant tout son .règne, le fait d'appartenir au luthéranisme n'a nui à la carrière de personne. On croit donc, en Europe, à sa grande satisfaction, que « la liberté des Scythes » devrait faire rougir de honte nos ministres et nos parlements. Pourtant, l'année même où elle écrit à Voltaire qu'elle n'a jamais entendu parler en Russie de billets de confession, elle réprimande le gouverneur de Tobolsk pour n'y avoir pas tenu la main3.
A-t-elle mieux suivi Montesquieu? Dans son cabinet, oui; mais elle n'édicte pas toujours ce qu'elle y a écrit; il y a une grande différence entre le premier projet de ses Instructions aux députés réunis à Moscou, et celui qui leur a été distribué. On trouve bien, dans l'un et dans l'autre, des phrases de V Esprit des lois sur la nécessité de l'autocratie dans un empire immense, sur les lois européennes trop lentes et la justice asiatique trop expéditive, sur les arrestations préventives, la torture, la peine de mort. Mais il n'y a plus, dans le second, la réflexion que si, jadis, les lois avaient institué des peines cruelles, c'est qu'il le fallait pour maintenir certaines oppressions; ni le rappel que, chez les anciens, il y avait des lois pour protéger les esclaves; ni la suggestion que le prix de leur rachat devrait être fixé