‹ La Culture française en RussieChapitre 128 sur 518 · Pingaud, Les Français en Russie, p. 100 et suiv · texte numérisé non relu

Pingaud, Les Français en Russie, p. 100 et suiv

3. Lettre à Voltaire, 24 mai 1771. — Antiquité russe, XLII, p. 246.

une fois pour toutes1. Toutes ces suppressions, proposées par le Conseil intime et docilement acceptées, démontrent à quel point l'Impératrice était prudente quand il s'agissait pour elle de « travailler sur la peau humaine ». Aimer le progrès, ou du moins en avoir l'air, c'était fort bien; mais il fallait avant tout ne pas choquer des intérêts puissants, et laisser alors « au temps et au progrès des lumières » le soin de déraciner les vieux abas.

Diderot aurait pu servir davantage à Catherine. Il a travaillé pour elle, en quelque sorte, sur commande; il a souvent discuté avec des Russes, il est venu à Pétersbourg. Mais il n'a vu de la Russie, entre la frontière et la capitale, que des provinces qui sont à peine russes; les autres, il les imaginait d'après ces dessins de Leprince où l'on voit, par exemple, la jeune et charmante femme d'un moujik, en galant déshabillé de bergère, devant une chaumière fleurie, balancer un berceau qui est bien le seul détail russe de tout le tableau. Le passé, les traditions, les coutumes du pays, il les ignorait, et en concluait allègrement qu'elles n'existaient pas. « Qu'un peuple est heureux, écrit-il à Catherine, lorsqu'il n'y a rien de fait chez lui !... Puisse Votre Majesté trouver dans ses sujets un profond oubli de toute ancienne législation2! » Cette ancienne législation, Catherine ne la connaît guère plus que Diderot, et quant au présent, elle est capable d'imaginer — parfois — que ses juges sont intègres, sa législation libérale, ses paysans libres et assez riches pour mettre la poule au pot, à moins qu'ils n'y préfèrent un dindon 3 ; mais elle sent fort bien, pourtant, quer sous son trône de hasard, le sol est moins primitif que ne l'imagine l'Occident, et qu'elle courrait risque à le retourner. Elle laisse donc

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