Biéîokourof,] Bibliothèque des tsars de Moscou
ne manque jamais d'en dire qu'elle est « le plus beau royaume, après celui des cieux ». L'éloge des Français se trouve, d'ailleurs, même dans ceux de ces livres qui ont été édités en Allemagne ou en Hollande.
Ils sont très curieux d'instruction, habiles dans tous les exercices, courageux à la guerre, arrogants, impétueux; ils ont beaucoup de politesse et de bienveillance pour les étrangers. Ils aiment à changer la forme de leurs vêtements, et mettent, dans ces changements, beaucoup d'ingéniosité. Ils savent parler avec art et agréablement, sont fidèles à leur Roi, et prompte à se décider en tout i.
Ce portrait devait inspirer aux Russes l'envie d'en bien accueillir l'original, s'il se présentait en Russie, et le fait est que, dès les premières années du siècle, les Français y sont assez nombreux, mais pour la plupart aventuriers qui répondent mal à la description de Hibner. Il est question, dans une lettre du consul Lavie, de 171 S, d'un Français « qui n'a d'autre nom que celui de France, se dit né à Nantes, et a l'honneur de servir le Czar depuis quatorze ans2 ». Le Danois Juel nous apprend qu'un autre Français, Vimény, joue, dans les mascarades que le Tsar aime tant, le rôle du roi des Samoyèdes3. Un certain Bourgeois est géant du Tsar ; après sa mort il fera, dans un baril d'alcool, l'ornement de la Kunstkammer i . Plus notable est le sieur de Saint-Hilaire, professeur à l'Ecole navale, dont on finit par découvrir qu'en fait de marine, il n'a jamais connu que les galères5. Nous savons peu de choses sur le Baudoin, qui a été décapité à Moscou, pour la seule raison, dit-on à Versailles, « qu'il était Français », mais dont le crime semble avoir été de s'être battu en duel, avec un autre étranger, dans une chambre du Kreml6. Après 1705, des officiers français sont
1. Géographie éditée en 1710, probablement traduite du hollandais de Hibner. Cf. Demkof, Histoire de la pédagogie russe, II, p. 80.