Lettres à Grimm, 23 novembre 1775, 18 août
3. Gh. de Larivière, La France et la Russie auXVIIP siècle, pp. 71-135.
4. A Voltaire, 22 octobre, 2 novembre 1774. — De Larivière, pp. 73, 74.
l'Impératrice philosophe que chantait l'Occident. Dire qu'elle n'existait pas, cette Impératrice, et parler de comédie à son sujet ne serait pas rigoureusement exact — mais elle s'était persuadée de bonne heure que « le mieux est l'ennemi du bien ». Or, le bien, c'était la continuation, sans secousse, de son étonnante fortune. Il lui fallait être Européenne pour l'Europe, Russe pour la Russie, et elle y a réussi jusqu'au bout.
Ses sujets n'avaient pas autant de raisons d'être prudents, et, de bonne heure, on en voit de convertis à la cause des réformes même les plus radicales. Kantémir parle déjà, vers 1730, de l'égalité qui devrait exister entre le grand seigneur et le laboureur1; en 1763, Breteuil assure que de jeunes Russes « ont la tête et le cœur pleins de principes républicains » , sans doute pour avoir fait leurs études à Genève 2. Puis Rousseau survient, et nous voyons, à Paris, un Golovkine élever ses enfants selon Y Emile*, et à Gôttingue, Wolodimer Orlof « prendre pour des vérités profondes, ses sophismes les plus sauvages4 ». A la vérité, il reste longtemps, pour les Russes de Russie, l'ennemi de toute civilisation, donc un obscurantiste contre lequel recteurs, professeurs, censeurs unissent leurs foudres5. Mais comment ne pas lire pourtant la Nouvelle Hèloïsel Or, elle habitue à son style, à ses idées, et le succès, vers 1780, de ses disciples Raynal et Mably, démontre une fois de plus que le Russe est naturellement porté aux extrêmes.
Ce qui inspire maintenant les « républicains » signalés par Breteuil , c'est l'amour des vertus , non plus des Genevois, mais des Grecs de Mably, et parfois des « insurgents »