Le Mineur, passim
4. N. Tchétchouline, Le roman social en Russie au XVIII* siècle.
5. Sipovski, Les tendances politiques du roman russe, pp. 88 et suiv.
ni laquais : ils seront forcés de faire des courbettes à leurs serviteurs pour les conserver.... Ce sera une guerre continuelle, tandis que maintenant, les seigneurs vivent paisiblement sur leurs terres.... » — « où de temps en temps leurs serfs les égorgent », riposte Catherine en marge 1. Il y a, en effet, dans le servage, un danger dont les succès de Pougatchof ont fait sentir l'étendue; il faut faire quelque chose, mais quoi? Le prince Chtcherbatof, notre Américain de tout à l'heure, propose de partager, entre les seigneurs, les paysans de la couronne dont la demi-liberté est d'un mauvais exemple 2. Le juriste Poliénof, l'ancien étudiant de Strasbourg, est pour l'émancipation progressive, par étapes, et c'est aussi l'avis des députés Korobine et Protassof : leurs collègues de la commission législative de Moscou le rejettent, du reste, ^>ar 18 voix contre 3. L'historien Boltine, qui sait que le servage n'est pas ancien en Russie, propose de l'abolir d'un coup, mais oublie d'attribuer des terres aux paysans 3 : détail pourtant essentiel, car, proclamés libres, ils resteront esclaves si les seigneurs gardent tout le sol.
L'Occident a, lui aussi, plusieurs solutions du problème. Voltaire permet aux propriétaires d'affranchir leurs serfs, mais ne voit pas de raison pour qu'on leur donne la terre avec la liberté; ils la cultiveraient mal. Montesquieu semble reconnaître la nécessité d'un partage égal et général des champs cultivés, mais c'est là une opinion théorique, abstraite, qui n'a sans doute pas de rapport avec la Russie 4. Rousseau veut l'émancipation, mais craint « les vices et la bassesse des esclaves » ; il propose, pour commencer, de n'en affranchir que l'élite s. Diderot, lui, n'admet pas de demi-mesures, de demi-libertés, mais il ne
1. V. Sémevski, La question des paysans en Russie, I, pp. 43-4. Nicolas Tchétchouline, Journal du ministère de l'Instruction publique, 1900, janvier, p. 165.