Considérations sur le gouvernement de la Pologne
trouve rien à répondre aux objections des Russes. « Après mon court exposé de la question, raconte la princesse Dachkof, il sauta de sa chaise, se mit à marcher à grands pas, et s'écria : « Quelle femme vous êtes! Vous bouleversez des idées que je caressais depuis vingt ans1! » Elle était femme, en tout cas, à lui fournir des renseignements erronés. Nous la voyons, en un autre endroit, affirmer à Diderot qu'elle accepterait la liberté des paysans si la liberté des nobles devait s'ensuivre2. C'est jouer sur les mots ; ce qu'on demandait pour les paysans, c'était la liberté personnelle; or, les nobles l'avaient depuis que Pierre III les avait délivrés du service obligatoire.
Mais, à défaut des philosophes que l'immensité de leurs préoccupations empêche d'être bien renseignés, il y a peut-être de leurs disciples, économistes ou juristes, dont les avis plus précis seront susceptibles d'application. La Société libre d'économie politique, fondée par Catherine sur un modèle français3, essaye de les réunir, ces avis, en mettant au concours les différents moyens d'améliorer le sort des serfs. Les réponses viennent de partout, sans apporter beaucoup de lumière. Graslin, de Nantes, est seul à donner aux serfs la terre et la liberté. Bearde de l'Abbaye, à Aix-la-Chapelle, conclut à l'affranchissement, mais préparé par de lentes améliorations partielles — autrement ce serait ôter sa chaîne à un ours — et sa réponse obtient le prix parce qu'elle ajourne, et qu'au fond personne — sauf, bien entendu, les serfs — ne veut rien d'autre. Que tenter, quand la noblesse fait et défait les souverains, et qu'elle n'imagine pas le moyen de vivre sans des serfs?
On pourrait, à la rigueur, essayer de la dégoûter du servage par le tableau des maux qu'il entraîne, et Catherine s'y est appliquée, au début de son règne, dans diverses petites feuilles;