‹ La Culture française en RussieChapitre 138 sur 518 · Skabitchevski, Études littéraires, I, p · texte numérisé non relu

Skabitchevski, Études littéraires, I, p

Sous ses successeurs, les Russes se rapprochent des Français tantôt catholiques, tantôt « philosophes ». La Russie reflète leurs variations : il y a des moments de sa vie philosophique ou religieuse que Ton peut fixer.

Celui du protestantisme a été court. Pierre le Grand a pu, devant des luthériens, railler les préjugés des orthodoxes1, recevoir plus tard des placets de pasteurs, voire d'évêques anglicans 2, et lire des mémoires sur l'union espérée des Églises anticatholiques, il ne semble s'être intéressé aux modèles que lui présentaient ces Églises, dans l'Europe occidentale, que dans la mesure où elles étaient soumises au pouvoir civil : s'il a fait une sorte de ministre des Cultes de Féofane Prokopovitch, l'archevêque de Novgorod, qui était frotté de luthéranisme, il a réprimé cruellement la propagande à demi rationaliste de Tvéritinof et de ses amis3. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, de ces influences réformées, on n'en peut relever aucune qui soit française. Le seul pasteur français signalé dans la Russie de ce temps peut y être venu avec une arrière-pensée de propagande, mais il se laisse convertir lui-même à l'orthodoxie et, cela fait, il disparaît de l'histoire 4.

Si l'influence du protestantisme est si faible, il semble, au début, que celle du catholicisme dût être encore moindre; n'estil pas la religion des ennemis traditionnels de la Russie, des Polonais, celle que les Tsars suspectent et bannissent depuis longtemps? Pourtant, quand Pierre le Grand envoie ses sujets dans des pays catholiques, mais non polonais, ils n'y manifestent guère cette farouche aversion du catholicisme qu'on s'attendait à trouver en eux. Tolstoï, en Italie, visite tous les sanctuaires

1. Sur ses prétendues tendances luthériennes, voir Ghliapkine, Saint Dimitri de Rostof, p. 236.

2. Soloviof, Histoire de Russie, XVII, p. 395, lettre au Tsar de Jérémie Collier et d'Archibald Campbell.

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