‹ La Culture française en RussieChapitre 141 sur 518 · Lettre du duc de Liria, La Sorbonne et la Russie, p · texte numérisé non relu

Lettre du duc de Liria, La Sorbonne et la Russie, p

2. Lettre du frère Romain à l'abbé Dubois, 4 août 1720, citée par Delines, La France jugée par la Russie, p. 57.

3. Le P. Pierling, Le Saint-Siège et la Russie, IV, pp. 248 et suiv.

lement le visiteur, il n'y faut pas songer; outre qu'aucune improvisation n'est prête, on sait qu'il n'aime pas les longs discours. On lui montre donc des manuscrits slavons qu'il comprendra peut-être; puis la conversation s'engage, par interprète. Un des docteurs, Boursier, insinue que le Tsar mettra le comble à sa gloire s'il travaille à la réunion des Églises grecque et catholique ; le Tsar sourit et répond qu'il est soldat, non théologien. Boursier insiste; un grand prince est toujours le protecteur et le réformateur de la religion. Finalement, après quelques remarques sur les différences des deux Églises, le Tsar engage les docteurs à lui en faire un Mémoire, pour ses évêques \

Ce mémoire fut écrit, en effet, et envoyé en Russie; mais vraisemblablement, il n'exprimait pas jusqu'au bout la pensée qui faisait croire aux Sorbonniens qu'ils réussiraient mieux, dans cette tâche, que leurs ennemis, les Jésuites. Cette pensée, ils l'avaient dévoilée, quand ils avaient expliqué à Pierre que « la primauté du pape pouvait se concilier avec le régime en vigueur dans l'Église russe ». C'était dire qu'à leurs yeux, tout en devenant catholique, le Tsar conserverait son autorité, et cette perspective devait le tenter; elle combinait, en effet, les avantages politiques, pour lui, de l'ancienne orthodoxie, avec les profits politiques ou intellectuels, pour son pays, d'une adhésion au catholicisme. Et c'est ainsi que le gallicanisme, adapté à la Russie, l'aurait fait entrer dans l'unité morale de l'Europe, à peu près comme l'a fait, plus tard, la culture française laïque et même irréligieuse.

Les évêques russes n'ont-ils pas été touchés d'un argument qui n'avait pas été calculé pour eux? Toujours est-il qu'après un long délai, les Sorbonniens reçurent une réponse officielle, rédigée précisément par ce Féofane Prokopovitch, qui, dans le haut clergé russe, représentait les tendances protestantes ; elle

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