Le P. Pierling, La Sorbonne et la Russie, pp. 25 et suiv
ne concluait, en termes vagues, qu'à un échange de vues entre les théologiens. Or ils ne faisaient que cela, depuis des siècles. Mais plus tard une autre réponse, plus encourageante, arriva par une voie détournée. Son auteur, Stéfane Iavorski, le métropolite de Moscou, louait fort le mémoire de la Sorbonne, « où Ton reconnaissait la sagesse des docteurs comme le lion à ses griffes » ; il ne faisait donc aucune objection, mais s'excusait de ne pouvoir répondre plus explicitement sans l'avis des patriarches orientaux. Il semblait qu'il fît dépendre sa réponse, probablement favorable, d'une question de pure forme.
L'affaire reste donc en suspens, mais les théologiens sont patients. La Sorbonne continue à s'occuper de la Russie; elle reçoit la visite de l'ambassadeur, « le prince Wassili Loukesque Dolgorouki », qui promet des livres qu'on ne voit pas arriver, par la faute de Dubois, pensent les docteurs, peut-être par celle de la vieille négligence russe. Le successeur de Dolgorouki, Kourakine, est plus ponctuel; il envoie quelques volumes1 et même un agent à la Sorbonne, Trédiakovski2, tandis qu'elle en a un en Russie, l'abbé Jubé de la Cour, ex-curé d'Asnières, qui s'y est rendu en qualité de précepteur des enfants de la princesse Irène Dolgoroukova.
Sur la venue de Trédiakovski à Paris, on est mal renseigné. On sait que, depuis longtemps, quoique fils de pope, il était en rapport avec des catholiques; qu'il a été, à Astrakhan, l'élève des Capucins qui, sans doute, lui ont enseigné les éléments du français; qu'il s'est sauvé d'Astrakhan pour échapper, dit-on, au mariage que la règle orthodoxe impose à tout pope, et sans doute aussi, à l'instigation des Capucins; qu'il en a retrouvé d'autres, à Moscou, qui y étaient venus directement de France; qu'avec leur aide il s'est mis en route vers Paris. Comment est-il tombé dans un milieu janséniste et gallican? c'est sans doute
1. Boursier... Histoire et analyse du livre de V action de Dieu, III, p. 292.