‹ La Culture française en RussieChapitre 143 sur 518 · Id.y III, p · texte numérisé non relu

Id.y III, p

qu'il est passé par la Hollande, où il a connu le petit troupeau janséniste d'Utrecht, et, par lui, ses futurs mécènes, les princes Dolgoroukof et Kourakine. En tout cas, quel qu'ait été le développement de l'intrigue qui, des bords de la Caspienne, Ta mené jusqu'à ceux de la Seine, pour servir d'instrument au projet de quelques docteurs, elle appartient moins à l'histoire religieuse qu'à l'histoire littéraire de la Russie.

La mission de Jubé de la Cour, elle, n'a pas changé de caractère. Parti avec pleins pouvoirs de l'archevêque janséniste d'Utrecht « pour dispenser, bénir, consacrer, etc. », fort intelligent, fort actif et d'ailleurs homme du monde, il a mené de front, à Moscou, ses deux tâches, d'une part, l'éducation des jeunes Dolgoroukof, et, de l'autre, sa propagande catholique, qui, à vrai dire, fut bientôt arrêtée 1. C'est à peine s'il eut le temps de distribuer des livres et d'insinuer à quelques aristocrates, qui l'écoutaient volontiers, que la Russie pourrait entrer dans l'unité catholique sans rien sacrifier de ses usages : l'écroulement de la fortune des Dolgoroukof, après l'avènement d'Anna Ioanovna, et l'arrivée au pouvoir de nouveaux favoris, pour la plupart allemands et luthériens, l'obligèrent à se dissimuler, et finalement, en 1735, à revenir en France le plus vite qu'il put.

Faut-il attacher de l'importance à cet épisode? Pour le P. Pierling, il n'a eu « aucune suite durable », du moins en matière religieuse ; il ne diffère donc guère, à cet égard, des autres tentatives faites pour catholiciser la Russie. Mais il a eu des suites ailleurs, et il est intéressant, en tout cas, d'y voir collaborer, venus de la Sorbonne ou d'Astrakhan, et les docteurs au milieu desquels l'Éminence rouge a voulu avoir son tombeau2, et les Capucins lancés jadis vers l'Orient par son Éminence grise, le P. Joseph.

Page 1