‹ La Culture française en RussieChapitre 145 sur 518 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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graphies, au début de l'irréligion; dès qu'elle prend corps et s'affirme, ce sont ses livres qu'elle cite avec orgueil, et non pas les plus sérieux, mais ses contes, et, plus que tous les autres, Micromégas. Évidemment le choc qui emporte tout, c'est la révélation que l'homme n'est pas le centre de l'univers; ce point admis, les croyances traditionnelles ne sont plus « qu'inventions des prêtres pour exploiter l'humanité et se faire payer la dîme1 ». Vers 1760, 1770, on n'en doute pas plus à Pétersbourg qu'à Paris.

La difficulté ne commence que lorsqu'il faut se forger une foi nouvelle. Certains Russes se mettent à la rechercher, cette foi, « avec une espèce de fureur » : les Karjavine, marchands de Moscou, viennent la chercher à Paris, « l'endroit du monde le plus propre à l'étude de la philosophie2 », et y élèvent leur enfant en dehors de toute religion. « Peu m'importe qu'il soit baptisé, dit le père, s'il est honnête homme3! » D'autres, bataillent contre Helvétius, sur la définition de la raison; contre d'Argens, sur celle du syllogisme; contre Voltaire, sur la nature de la matière; contre Rousseau, sur les vertus de l'homme de la nature4. Mais les exemples d'opinions personnelles et fortes sont rares. En général, on s'en tient à des négations : si, parfois, on fait profession d'athéisme, à l'exemple d'un Procureur général du Saint-Synode, Tchébouichef, le plus souvent, on s'arrête dans un déisme vague accompagné de doctrines morales fort chancelantes8. Dans le Voyage au Pays d'Ophir, du prince Chtcherbatof, la religion est tout entière fondée sur le bon sens; sa morale est d'ailleurs autoritaire, étroite, un peu policière, tout comme dans Y Histoire des Sévérambes, de M. de Véras, que Chtcherbatof suit dans les mille détails du culte

1. Le Gentilhomme philosophe. Voir Sipovski, Le Roman russe, pp. 74-76.

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