Fone Vizine, Aveu sincère
de la Raison, la seule déesse que vénèrent les terres australes *.
Quand il s'agit de morale officielle, de morale d'État, le xvine siècle va malaisément jusqu'au « laissez faire et laissez passer » des physiocrates : ce n'est qu'en morale individuelle qu'il est coulant. Le sage a le droit de jouir de la vie : « une tendre compagne, quelques amis paisibles, les plaisirs des champs, en voilà assez pour remplir son âme2 », et sans doute aussi pour occuper son activité. Il ne parle guère d'un devoir social : il aime les hommes, il les plaint; mais il se réfugie, loin d'eux, dans le vaste sein de la nature; il y trouvera les cieux sur la terre. Si pourtant il reste mêlé à l'humanité, il devra la servir, mais on ne précise pas de quelle façon. Il semble qu'il aura tout fait quand il aura flétri le fanatisme et la superstition des âges barbares.
Les flétrissures de ce genre abondent dans les écrits du second tiers du siècle, et, tout d'abord, à l'adresse du catholicisme. Dans le Drnitri VImposteur, de Soumarokof, le sage de la pièce, Parmène, se répand en violentes tirades contre la puissance du pape, et le prince de Gallicie, Georges, fait chorus en dénonçant le fanatisme des moines qui ont déjà désolé l'Amérique et pourront bien désoler la Moscovie quelque jour3. Puis vient le tour des simples prêtres dans des opuscules qui s'inspirent, comme la Vie de M. N..., de Dmitrief-Mamonof, de récits de Voltaire, et particulièrement de celui de la maladie du Jésuite Berthier. Khéraskof, Tchoulkof, tous les petits romanciers, tombent sur « les pontifes et les sacrificateurs », sur leur charlatanisme, leur avidité, leur ignorance, leur hypocrisie, leur paillardise, etc. *, et bien des détails font sentir qu'ils ne songent déjà plus aux pays catholiques. Un diacre passe des examens
1. Journal du ministère de l'Instruction publique, 1900, janvier, article de N. Tchétchouline.