‹ La Culture française en RussieChapitre 147 sur 518 · Sipovski, ouvr. cité, pp. 83 et suiv · texte numérisé non relu

Sipovski, ouvr. cité, pp. 83 et suiv

pour devenir prêtre : on l'interroge sur les fils de Noé, et, bien que sa femme le souffle, il patauge abominablement. Nous sommes en Russie. Un malade vient de mourir : le pope qui Fa administré saisit aussitôt sa montre en or, pour ne pas l'oublier dans ses prières. Une jeune femme n'a pas d'enfant : « Viens me trouver, lui dit le prêtre du village, quand ma femme sera sortie ». Le prieur d'un monastère répartit ses revenus; le premier tiers en sera pour « le temple », le second pour lui-même, le troisième, pour l'entretien de deux jolies filles. Qu'un mari parte en voyage, explique un autre roman, on voit aussitôt entrer chez lui un gros moine, etc., etc. Les récits de ce genre sont innombrables.

Quelle que soit l'origine de ces plaisanteries séculaires, c'est le livre français qui les a importées en Russie. Ce sont, dans les écrivains russes, les mêmes tournures que dans les nôtres; «'est sur le même péché que les uns et les autres s'arrêtent le plus complaisamment; c'est aux mêmes conclusions qu'on aboutit, à cela près qu'en Russie on proteste moins qu'en France contre l'intolérance du clergé. C'est qu'en effet le pope et le moine orthodoxe sont moins gênants pour le Russe cultivé, presque toujours un seigneur, que ne le sont, pour le « philosophe français », le Jésuite ou l'archevêque de Paris.

Pourtant, si molle que fût la foi orthodoxe, elle ne s'est pas laissé entamer sans des résistances. Comme en France, le clergé a eu recours au bras séculier, non contre les impies — ils étaient trop nombreux et trop haut, — mais du moins contre les livres susceptibles de propager l'impiété : c'est ainsi qu'en 1757, le Saint-Synode demande la suppression d'une traduction de la Pluralité des mondes *. De leur côté, des prédicateurs foudroient les voltairiens et les incrédules dans des sermons qui s'inspirent des prédicateurs français, et qui parfois,

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