‹ La Culture française en RussieChapitre 150 sur 518 · Messager d'Europe, 1809, IV, lettre de Joukovski · texte numérisé non relu

Messager d'Europe, 1809, IV, lettre de Joukovski

Lopoukhine à des tendances religieuses1. D autre part, nombreux sont les Russes qui ont été en relations personnelles avec Saint-Martin. A Londres, à Strasbourg, à Rome, il a rencontré des Galitzyne, des Tchernychof, des Vorontzof, des Zinovief, des Razoumovski, des Skavronski, etc.2; beaucoup d'entre eux rapportent en Russie le souvenir de ses enseignements, et le martinisme y subsistera jusque dans le xixe siècle3, mais dissimulé, absorbé en partie par le mouvement catholique de la fin du xvme.

En définitive, la part prise par les Français d'avant la Révolution à la réaction contre le voltairianisme et « l'encyclopédisme » est considérable, quoique probablement inférieure à celle des Allemands qui, dans les loges maçonniques ou à l'Université de Moscou, font campagne non seulement contre Voltaire, mais encore contre les autres Français^ on s'en aperçoit à certaines phrases sur la « Babylone moderne et la dissipation des Parisiens4 ». Il est à noter, d'ailleurs, que ces phrases se retrouvent aussi chez des Français ; elles ne prouvent nullement que l'influence de la nation diminue. Quant au mouvement moral qui aurait pu résulter de ce réveil religieux, on se prend à en douter quand on voit, par exemple, le prince Chtcherbatof faire, dans le Voyage au pays d'Ophir, l'éloge du culte de la Raison, et, dans ses écrits historiques, la critique de Pierre le Grand qui a introduit en Russie le mépris des vieilles croyances 5. Il semble bien, au contraste de ces variations avec la routine de la vie russe, qu'il en ait été des opinions philosophiques ou religieuses comme des doctrines politiques, et que les influences réelles soient ailleurs.

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