‹ La Culture française en RussieChapitre 152 sur 518 · Les Soirs-, Afanasief, ouvr. cit. p · texte numérisé non relu

Les Soirs-, Afanasief, ouvr. cit. p

science : ils ont attendu, de nos précepteurs, « une part des vertus de l'immortel Fénelon » ; de nos livres, « des principes certains pour tous les cas qui peuvent arriver dans la vie1 ». Or, à cet enfant, ce très gros enfant qui se mettait entre nos mains, avons-nous donné ce qui lui était nécessaire, ou bien, prenant la voie la plus courte et la plus lucrative, nous sommes-nous bornés à flatter ses lubies, à éveiller ses vices, aie détacher, par nos railleries, de la morale de ses ancêtres?

Il est certain que le luxe effréné de la société gallomane a rendu la nation « tributaire de l'étranger2 », c'est-à-dire, pour bonne part, de Paris, mais la cause première de l'appauvrissement russe au xvme siècle, c'a été la réforme de Pierre le Grand. Du jour au lendemain, l'État et beaucoup de particuliers ont eu des besoins nouveaux immensément supérieurs à ceux de la Veille ; comment s'étonner dès souffrances qui ont suivi, quand on voit le Japon contemporain fléchir sous le poids de sa transformation, lui qui pourtant est infiniment plus riche que laMoscovie d'autrefois et peut, par le jeu des emprunts, répartir le fardeau sur beaucoup de générations?

Les dépenses de pur luxe ont été minimes à côté de celles-là et, pour se produire, elles n'ont pas attendu les Français. Dès 1703, l'envoyé de Louis XIV, Baluze, se plaint de « ce pays où l'on aime le luxe, le vin, les autres liqueurs, les présents, les équipages...3 » C'est pis quand Pierre tient, à Pétersbourg, « une des cours les plus magnifiques de l'Europe4 » ; pis encore sous les Impératrices qui lui succèdent. La faveur ou les concussions accumulent dans les mains de quelques personnes des richesses qui ne pourront décroître, si la faveur continue ; qui s'évanouiront d'un coup, si elle se retire : à quoi bon, dès lors,

1. Alexis à Alexandre Kourakine, 13 février 1776, Archive Kourakine, VIII, p. 182.

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