‹ La Culture française en RussieChapitre 154 sur 518 · Jikharef, Mémoires d'un contemporain, p · texte numérisé non relu

Jikharef, Mémoires d'un contemporain, p

Il est vrai que nos madrigaux ont inspiré les premiers vers d'amour écrits en Russie; que les exemples de Versailles ont décidé Matviéief et bien d'autres à singulièrement élargir leur morale conjugale; que Pierre le Grand n'a promulgué qu'après son voyage en France son oukaze sur les assambléi obligatoires pour les deux sexes. Nous savons aussi que nos romans ont été fort lus — ils en sont farcis, la Conseillère qui se résout si vite à tromper son vieux mari, et Flvanouchka qui la fascine x — et qu'on a lu pis encore : ce n'est pas sans motif que, dans des œuvres qui ne figurent pas sur les catalogues, la plupart des mots internationaux du vice apparaissent en russe avec une forme française. Il semble que Finconduite se soit propagée avec notre culture, qu'elle en profite et lui profite. « Nos airs, nos ridicules, nos vices mêmes, écrit Breteuil, sont fort dans le goût général et décident en notre faveur la plus grande partie de la jeunesse 2. »

Mais ce témoignage d'un de nos ambassadeurs doit-il faire oublier qu'avant la Réforme, la rigidité extérieure de la vie russe était parfois le masque des pires désordres, et que Pierre le Grand lui-même, selon la juste remarque de Chtcherbatof, a fort ajouté à cette corruption déjà ancienne3? Où était notre culture quand, à sa table, il enivrait des boiarines et faisait servir une fille nue dans un pâté *? Et comment ne pas rappeler aux Allemands qui rougissent de nos méfaits, que c'est une Allemande, la Drezdencha, qui a monté la première maison d'un certain genre qu'ait possédée Pétersbourg, et qu'après elle, pendant longtemps, d'autres Allemandes ont continué sa tradition 8?

Nous, nous fournissions des livres, et peut-être étaient-ils

i. Fone Vizine, Le Mineur.

2. Dépêche du 27 oct. 1763. Cf. Pingaud, Les Français en Russie, p. 56.

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