‹ La Culture française en RussieChapitre 156 sur 518 · Corberon, î · texte numérisé non relu

Corberon, î

avec « la Dougny », qui vient de quitter Smolny, il discute sur les qualités qu'un amant doit réunir, mais que lui, il ne réunit pas, semble-t-il, car l'affaire en reste là1. Puis il prête la Nouvelle Héloïse à la petite princesse Troubetskoï ; il n'en résulte qu'un aimable marivaudage « moitié tendre, moitié galant » dont Corberon se contente, car il ne veut pas « gâter l'amitié par le mélange de l'amour ». C'est fort bien dit : toutefois nous le voyons, à d'autres heures, se plaindre de « la difficulté qu'il y a, en ce pays, à former des intrigues agréables... Les demoiselles russes vous parlent promptement de mariage et pensent toujours qu'on veut les épouser dès qu'on leur dit un mot d'honnêteté 2 ».

En définitive, nous avons porté la carte du Tendre en Russie, mais les Russes qui l'ont étudiée l'ont fait à leur guise, et sans trop s'arrêter à des suggestions, dont nous n'avons pas, d'ailleurs, sujets d'être fiers. Quand Corberon profite de la naïveté d'une jeune fille pour lui glisser dans l'oreille « de plaisantes équivoques », il met la galanterie française en vilaine posture3. Il n'y a pourtant pas lieu d'expliquer par cette galanterie les péchés des Russes moins naïfs que « la Dougny ».

Quelques écrivains en conviennent, mais ils ajoutent alors que nous sommes responsables d'une autre corruption plus grave, celle des cœurs. Herzen nous reproche « l'insupportable égoïsme » que nous avons propagé4; Tourguénief fait du gallomane Koltovskoï le type parfait de la cruauté insouciante5; dans le prince André, de Guerre et Paix, Tolstoï met en cause la sécheresse de nos philosophes. Inhumanité, indifférence aux

Page 1