‹ La Culture française en RussieChapitre 157 sur 518 · Herzen, Mémoires, VII, p · texte numérisé non relu

Herzen, Mémoires, VII, p

5. Tourguénief, Malheureuse (traduit dans Etranges histoires, Paris, Hetzel, sous ce titre : V Abandonnée).

maux d'autrui, surtout aux maux russes, tels sont, pour ses petits-fils, les traits indélébiles de la génération formée par notre culture du xvme siècle; ,et, s'ils ne vont pas jusqu'à l'appeler, comme Joseph deMaistre1, « épouvantable », du moins lui imputent-ils tout autant de méfaits que lui.

En fait, les exemples les plus fameux d'inhumanité, en Russie, sont venus de gens qui ne lisaient pas, et, d'autre part, dans le portrait qu'on nous trace de nos élèves de ce temps, il y a beaucoup de fantaisies et d'anachronismes : le prince André, par exemple, tient beaucoup plus de Stendhal et de Byron que de Voltaire 2. Il semble cependant que, bien souvent, cet « insupportable égoïsme » et cette sécheresse aient été la réalité. En mainte occasion, les observateurs français les constatent. Nous avons entendu Romme se plaindre que Popo Stroganof eût « beaucoup de sensations et d'idées justes, mais nul sentiment3 ». Masson en dit autant des dames qui sont aimables et spirituelles, savent, au théâtre, saisir au vol un trait brillant, mais non pas être émues. « Ces mères, ces filles, ces amantes voyaient d'un œil sec Mérope, Antigone et Zaïre 4. » Ségur trouve de même que les Russes ont plus d'esprit que de cœur5 ; Corberon, qu'ils sont enclins aux méchants propos, et n'ont pas « ces petites attentions qui font le charme de la société6 ».

S'il en est ainsi, d'où vient cette sécheresse ? Les Occidentaux y voient, soit un legs du passé, soit une lacune de la nature russe; ils répètent que ces hommes « n'ont qu'un suc nerveux grossier » ; que, pour leur donner du sentiment, il faudrait d'abord les écorcher. Des Russes semblent partager cet avis. « Je suis forcé, écrit le gallophobe Rostoptchine, de donner

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