‹ La Culture française en RussieChapitre 158 sur 518 · Gorberon, I, p · texte numérisé non relu

Gorberon, I, p

raison à cet Anglais qui disait, en parlant de nous, qu'il n'y avait qu'à fendre la veste pour sentir le poil1. » Et nous entendrons bientôt Tchaadaief déclarer qu'en effet, « les Russes ont dans le sang1 quelque chose qui repousse tout progrès-2 ».

Notre responsabilité s'en trouverait fort diminuée, sans pourtant disparaître; on peut dire qu'à ces mauvais instincts nous avons donné libre cours en propageant le mépris des vieilles mœurs qui parfois protégeaient les faibles, et que notre matérialisme a supprimé les scrupules des forts. Il se peut; notons pourtant que, dès le temps de Pierre le Grand, Possochkof se. plaignait déjà de la disparition de ces scrupules 3, et que, d'autre part, il s'en est fallu de beaucoup que nos livres fussent toujours des propagateurs de scepticisme ou de matérialisme. Quant à nos outchitels, Masson exagère bien peu quand il assure qu'ils ont été, en Russie, « les seuls personnages dont le ministère ait été d'y prêcher la philosophie, la morale et la vertu, en y répandant quelques lumières4 ».

Qu'ils y aient peu réussi, c'est incontestable. Popo Stroganof achète un oiseau pour lui ouvrir la fenêtre, et son maître Romme en pleure d'attendrissement; pourtant, quand il sera leur maître, Popo ne rendra pas la liberté à ses 30 000 serfs ; il se contentera de désirer, avec l'empereur Alexandre, leur émancipation dans l'avenir. On nous cite, d'autre part, un traducteur de La Fontaine, Dmitrief-Mamonof , qui maltraite tant ses paysans que l'Impératrice intervient5; un autre Dmitrief, le fabuliste, qui, dînant avec ses amis, sous ses tilleuls Philémon et Baucis, rosse le laquais qui vient de casser un verre6. Qu'est-ce à dire, sinon que ces gens sont brutaux, ou indifférents, ou même

1. Rostoptchine à Roumiantzof, 1787. Cf. Vie du comte Rostoptchine, par A. de îgur, p. 8.

Page 1