Tourneux, Diderot et Catherine II, pp
Cet agrément, des familles entières peuvent l'offrir; Corberon s'émeut au souvenir d'une journée passée chez les Golovine, « dans un lieu délicieux, au bord d'une belle rivière, et parmi des gens aimables1 ». Sachez, d'ailleurs, que, clans les milieux distingués, les dames ont non seulement « les yeux, les pieds et les mains comme on les désire », mais encore « un goût dans les ajustemens et des agrémens dans la conversation qu'on ne retrouve que chez les Françaises2 ». Nous voilà loin des caricatures de Thesby de Belcour. « Les dames russes ont plus d'esprit que celles des autres cours3, » confesse le sévère lordMacartney. Elles sont bonnes musiciennes, savent plusieurs langues, ont lu ce qui est intéressant en chacune d'elles, dit Ségur4. Elles ont « plus de délicatesse et de sensibilité que les hommes5 », ajoute Corberon. Enfin, vers 1794, Mme Vigée-Lebrun constate que non seulement elles ont « cette politesse bienveillante qui fait le charme de la bonne société », mais encore qu'elles n'ont pas « cette morgue que l'on peut reprocher à quelques dames françaises6 ». On ne s'étonne plus alors d'entendre Golovkine proclamer que « Pétersbourg était la ville la plus propre à faire oublier les fatigues d'un grand voyage 7 » et Ségur regretter les jours heureux passés clans ce pays « avec une émotion qui tient un peu de ce qu'on éprouve quand on est éloigné de sa propre patrie 8 » .
Il est difficile de croire que ce progrès d'en haut ne se propage pas un peu partout, et nous trouvons, en effet, dans beaucoup de Mémoires, la preuve que même au fond des provinces les humeurs s'humanisent. Voici qu'à Ryza, en 1790, on célèbre