Ségur, ouvr. cité, II, p
une noce; suivant le vieil usage, le marié reçoit un fouet pour gouverner sa femme, mais il est enguirlandé de fleurs et de rubans1. Ce progrès est mince peut-être, mais il est réel. Peu à peu la Russie cultivée se rapproche de cet idéal français qui n'est pas la vertu, mais l'amabilité. « Le bon air était, dit le prince de Ligne, de se faire tout pardonner à force de procédés.... Au milieu de ce qu'on appelle le dérèglement, il y avait beaucoup de délicatesse. 2 » La Russie, elle aussi, est déréglée, peut-être un peu plus qu'elle ne l'était la veille3; mais, prétendant au « bon air », elle atteint déjà la délicatesse.
Aussi bien les gallophobes hésitent-ils, dans leurs jugements sur nous, autant que les Français de tout à l'heure dans leurs jugements sur les Russes. « Chacun sait qu'ils ont beaucoup de bon, dit le Peintre) je ne veux blâmer que notre engouement pour leurs vices4. » Fone Yizine lui-même n'exerce pas toujours à nos dépens « l'ironie froide et sèche » que lui a reprochée le prince Viazemski* : à certains jours, il appelle la France pays civilisé, humain, et reconnaît qu'il faut perdre tout bon sens pour dénier aux Français, tout corrompus qu'ils soient, des qualités dignes d'imitation6. De même, après avoir débuté par des attaques violentes, Novikof finit par s'en excuser7. Que diront alors le$ gallomanes? Vinski les résume en démontrant qu'en un demi-siècle les Russes n'ont rien appris des Allemands ; qu'il a fallu les Français pour leur donner ne fût-ce que les apparences de la culture. « Je le répète, si nombreux que soient les gens qui crient « Crucifiez les Français ! », ils ont fait plus pour nous que tout le reste de l'Europe 8. »