Archive Kourakine, VI, p
4. Gh. de Larivière, Catherine II et la Révolution française, p. 53»
elle n'associe pas volontiers, en effet, l'idée du relâchement dans les mœurs à celle des troubles dans l'État; encore en 1788, elle écrit à Grimm qu'elle n'est pas « de ceux qui croient que nous touchons à une grande révolution1 ». Il est vrai que, six ans plus tard, elle sera sûre d'avoir prévu, dès 1790, l'exécution de Louis XVI2.
Quoi qu'il en soit, les Russes de 1789 accueillirent la Révolution avec les mêmes sentiments que les autres Européens; élèves de nos outchitels, admirateurs de nos philosophes, ils comprirent mieux que ne l'imagine Herzen « le tocsin solennel qui appelait les hommes à la liberté3 ». La légende veut que, parmi ceux qui se trouvaient à Paris, deux Galitzyne aient pris part à l'attaque de la Bastille4. De leur côté, Paul Stroganof et son précepteur Romme suivent les séances de l'Assemblée nationale. « Elles seront pour Popo, écrit Romme au baron Stroganof, une sublime école de droit public. » Cette école, ils la complètent au club des Jacobins : Popo y prend des notes et, sous le nom de Paul Otcher, y prononce des discours enflammés. « Le plus beau jour de ma vie, s'écrie-t-il du haut de la tribune, sera celui où je verrai la Russie renouvelée par une semblable révolution. Puissé-je alors y jouer le rôle que joue ici l'admirable Mirabeau5! » Il fait si bien que, deux fois, le club l'envoie pérorer, en son nom, à la barre de l'Assemblée, et lui délivre, le 7 août 1790, un diplôme d'honneur signé de Barnave, président, Populus, Millien, Moreton, secrétaires, et scellé d'un cachet qui porte la devise : « Vivre libre ou mourir! » Ce n'est pas tout; il devient l'archiviste du club, tandis que la citoyenne Théroigne de Méricourt en est la bibliothécaire, et ce rapprochement lui est la plus douce des récompenses 5.
1. 19 avril 1788. — Cf. Le comte Paul Stroganof, Introd., p. xxxviii.