‹ La Culture française en RussieChapitre 165 sur 518 · Le comte Paul Stroganof, I, pp. 43 et suiv · texte numérisé non relu

Le comte Paul Stroganof, I, pp. 43 et suiv

Au début, les Russes de Russie ne pensent pas autrement que ceux de Paris. Ségur rapporte que, le jour où Ton apprit, à Pétersbourg, la chute de la Bastille, ce fut une allégresse générale : « Français, Russes, Danois, Allemands, Anglais, Hollandais, tous, dans les rues, se félicitaient, s'embrassaient comme si on les eût délivrés d'une chaîne trop lourde qui pesât sur eux1 ». Qu'il n'exagère pas de beaucoup, s'il exagère, bien des menus faits le prouvent : il fallait beaucoup d'enthousiasme, du moins dans une certaine classe, pour qu'une petite fille de six ans, la future Mme Svetchine, pût prendre l'initiative d'illuminer la maison de son père : « Oh! papa, lui dit-elle, quand il revient de son service auprès de l'Impératrice et s'étonne de tous ces lampions, ne faut-il pas fêter la délivrance de ces pauvres prisonniers français2? » Puis on lit avec avidité, partout, les nouvelles de Paris; Alexandre Stroganof en reçoit, par Romme, les Opinions su? la Constitution, la Déclaration des droits de l'homme, le Veto 3; à l'École des Cadets, le directeur, prince d'Anhalt, aménage une salle pour la lecture des journaux français; dans son trou de province, à Bogoroditskoié, Bolotof en traduit des extraits pour ses voisins4. Partout on discute les nouvelles avec animation ; partout on célèbre les Français : « 0 vous, peuples heureux que le sort a dotés de la liberté5!... » s'écrie Radichtchef dans une ode, tandis que Fone Yizine, traduisant une brochure française sur la noblesse et le tiers état, y joint des commentaires de son cru sur la nécessité, pour la Russie, d'une noblesse libre, d'artisaus et d'agriculteurs qui seront affranchis du servage dès qu'ils auront atteint la perfection de leur art 6.

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