‹ La Culture française en RussieChapitre 166 sur 518 · Archive Vorontzof, XXVI, pp · texte numérisé non relu

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Cependant, au théâtre, les officiers applaudissent la phrase de Figaro sur les soldats qui se font tuer sans savoir pourquoi1, et, quand le Roi a accepté la Constitution, en 1791, c'est un défilé de complimenteurs chez le nouveau chargé d'affaires de France, Genêt2.

Pourtant, de bonne heure, des doutes se font jour. On se demande, d'abord, si les Français régénérés ne seront pas trop vertueux : « Ils perdraient au change, écrit le comte Kotchoubey, s'ils cessaient d'être la plus aimable des nations3 », et si leur liberté vaut bien le tiouble qu'elle va mettre dans les plaisirs des honnêtes gens. Les voyageurs qui reviennent de Paris sont accablés de questions sur l'Assemblée Nationale, la société, les fêtes, etc., car « nos compatriotes aiment la France mieux qu'aucun autre pays, et, ne serait-ce que pour le plaisir d'y retourner, ils voudraient que l'ordre et la tranquillité s'y rétablissent 4 » . Puis des craintes plus précises et plus sérieuses se manifestent. « Je consentirais volontiers à ne pas posséder un seul serf, écrit Lopoukhine; mais, avant tout, je demande à Dieu qu'il préserve notre patrie de cet esprit de fausse liberté. » Cependant, le prêtre Samborski redoute que « les discours libres qu'on entend partout sur le pouvoir impérial ne présagent à la Russie d'épouvantables effusions de sang3 », et Karamzine se demande si les édifices qu'on élève si vite seront solides, et même si chaque rebelle ne se prépare pas l'échafaud à lui-même 6. C'est l'avis de Grimm qui voit déjà la France finie, perdue sans retour ; « à moins qu'un Dieu ne descende sur une machine cour la sauver, il n'en restera sur la carte qu'un trou noir 7 » .

i. Le Passé, 1906, I, p. 19. Lettre de GenetàMontmarin.

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