‹ La Culture française en RussieChapitre 173 sur 518 · Archive Vorontzof, VIII, p · texte numérisé non relu

Archive Vorontzof, VIII, p

toutes les armoires, prêt à en ressortir : et, en effet, deux heures après la nouvelle de la mort du tyran, le tout-Moscou se promène déjà eii chapeau rond.

Si futiles qu'elles soient, ces manifestations de la jeunesse dorée révèlent un état d'esprit, des opinions qui s'imposeront quelque jour. C'est l'espoir de Popo Stroganof qu'on a pu ramener en Russie, mais qui y garde précieusement sa foi révolutionnaire. « La voix agréable de la liberté, écrivait-il à son départ de France, s'est fait entendre trop voluptueusement à mon oreille, pour que je puisse endurer patiemment les sons aigres du despotisme1. » Il les supporte, pourtant, ces sons aigres, mais c'est dans l'attente de Y accident heureux qui lui permettra de devenir, sinon le Mirabeau dont jadis il a rêvé, du moins le Turgot russe. Or, sait-on si l'accident heureux n'est pas tout proche ?

Un jour, en 1795, le jeune prince Adam Czartoryski, que le dernier partage de la Pologne a fait sujet russe, se promène, dans le parc de Tsarskoié-Sélo, avec un ami qui lui fait les confidences les plus inattendues. « Il me déclara, raconte Czartoryski, qu'il détestait le despotisme, sous n'importe quelle forme; qu'il aimait la liberté et prenait le plus vif intérêt à la Révolution française; que, tout en condamnant ses erreurs affreuses, il souhaitait le succès de la République, et s'en réjouissait2. » Cet admirateur des « figures noires et puantes » de Kotchoubeyy ce jacobin qui veut la fin, en Russie, « du favoritisme et de l'autocratie3 », c'est le Grand-duc Alexandre. Son cadet, Constantin, exprime les mêmes sentiments avec si peu de prudence qu'il fait « frémir les vieux courtisans* ». Aussi bien, dès 1791, le chargé d'affaires de France, Genêt, écrivait-il à Paris que les Grands-ducs étaient « d'ardents démocrates », qu'on les enten-

Page 1