Dépêches de Genêt à Montmorin, passim
dait fredonner « les airs de la liberté » , et qu'on leur avait vu dans les mains des cocardes tricolores1. Cela, c'était au début de la Révolution; le témoignage de Czartoryski montre que la Terreur n'a pas changé les sentiments sur lesquels comptait, plus ou moins confusément, la jeunesse en chapeau rond et grosse cravate.
En définitive, la Révolution a fait passer les Russes par des alternatives d'espérance, de doute, d'indignation, de frayeur, d'espérance encore. La culture française est devenue suspecte au gouvernement; la lutte acharnée contre la République paraît aux aristocrates le seul moyen de sauver, et leur pays, et leur caste. Mais les sympathies pour la France subsistent dans beaucoup d'esprits : le fantôme de la Terreur s'évanouit peu à peu dans le rayonnement des victoires républicaines ; grâce à elles surtout, le prestige de nos idées survit aux flétrissures officielles. Il en est de ces idées comme du Voltaire de Houdon que Catherine, dès 1791, avait exilé loin d'elle; que Paul Ier a fait promener de grenier en grenier, et que, pourtant, à en croire la légende, il retrouvait toujours sous ses yeux, sans pouvoir se décider à le détruire2. L'avènement d'Alexandre Ier va rendre leur place, et à Voltaire, et à ses idées.