Duc de Richelieu, Société historique, LIV, p
*de respect et d'attendrissement1. » Aussi le fait-elle, pour commencer, directeur de l'Académie des Beaux- Arts; elle veut ensuite lui donner des terres confisquées en Pologne, mais le favori Zoubof les trouve trop considérables et, par crainte du .scandale, les garde pour lui-même; toujours attendri, toujours reconnaissant, Choiseul-Gouffier en accepte de moins étendues, qu'on lui envie tout de même.
Son émule, c'est le comte Esterhazy, l'agent des princes français : « Grand faiseur de mots, écrit Rostoptchine, il occupe les femmes, tout le long du jour, par son désespoir au sujet du roi; ses doléances, arrangées pendant la nuit, lui ont valu le titre à' homme sensible2. » Il a aussi pour lui qu'avec son nom magyar et ses manières germaniques il est Français comme Catherine est Russe; il plaît par son métissage. On lui donne «donc des terres et des paysans pris, eux aussi, dans la grande réserve polonaise, et, plus heureux que Choiseul-Gouffier, il les garde même après qu'on n'est plus dupe de « sa forme, extraordinaire pour un Français, » et, qu'avec Rostoptchine, toute la Cour l'a proclamé « le plus grand intrigant du siècle3 ».
D'autres enfin, moins roués mais plus jeunes, plaisent aux femmes à tel point qu'elles les épousent. « Voilà encore un ^émigré qui nous enlève un grand parti en épousant la princesse Odoievski, écrit le prince Pierre Viazemski, à propos du comte de Quinsonnas : la Russie est vraiment les Indes ou le Pérou pour les étrangers4. » De la même façon, les Langeron, les Saint-Priest, les Modène, les d'Ollone, d'autres encore, deviennent de grands seigneurs russes 5, et la pensée qu'ils n'ont été vépousés que pour leur titre de comte, encore si rare en Russie,
i. Comtesse Golovina, Mémoires, p. 62.