‹ La Culture française en RussieChapitre 178 sur 518 · Archive Viazemski, I, p · texte numérisé non relu

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<5. Pingaud, ouvr. cité, p. 289.

ne suffît pas à consoler les indigènes évincés1. « Les jeunes gens d'ici détestent les émigrés, » rapporte Genêt dès 1792. On en a la preuve lors de la fameuse affaire du chevalier de Saxe avec un jeune Ghtcherbatof; elle commence par une injure grossière, continue par un guet-apens, puis par l'expulsion du Français avant qu'il ait pu demander satisfaction, et finira, sept ans plus tard, à Teplitz, par un duel qui a tout l'air d'un assassinat2.

Enfin, la faveur d'en haut abandonne les émigrés; après les premières démonstrations, Catherine II les néglige, et si son successeur, Paul Ier, les comble de grâces, c'est pour les leur reprendre aussitôt. La princesse de Tarente, accablée de ses bienfaits, en est dépouillée dès le lendemain, pour ne lui avoir pas baisé la main; elle a aussi oublié de le remercier séparément pour chaque grâce3. Le duc de Richelieu, le prince de Condé, Louis XVIII à Mittau, Choiseul-Gouffîer lui-même passent par les mêmes vicissitudes4. Il faut, quand on n'a plus de diamants à vendre, ou quitter la Russie, ou y chercher, loin des faveurs capricieuses du souverain, un refuge ou un emploi.

Les plus heureux retrouvent, en province, des magnats jadis reçus à Versailles, et qui peuvent les héberger sans même s'en apercevoir. Les Polignac s'installent sur une terre du comte Vincent Potocki, qu'ils ont louée, château, village et paysans, pour un prix dérisoire. Là, les jeunes filles brodent et dessinent pour recouvrir les meubles et tapisser les murs; les garçons cultivent chacun son carré de jardin. On crée des charmilles, une salle à manger champêtre, des salons : la comtesse Potocka envoie son clavecin. On peut alors inviter les Français épars

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