‹ La Culture française en RussieChapitre 179 sur 518 · Pingaud, Les Français en Russie, pp. 242 et suiv · texte numérisé non relu

Pingaud, Les Français en Russie, pp. 242 et suiv

dans les environs, et des voisins russes ou polonais. On leur joue Ma tante Aurore, Richard Cœur de Lion, Zémire et Azor, Fanchon la Vielleuse, et si les costumes ne sont plus aussi somptueux, le ton n'est pas moins gai qu'autrefois1.

Mais tout le monde ne peut être locataire d'un Potocki. Or, le seul travail auquel les émigrés soient propres, c'est le service de l'État, et, d'avance, ils ne doutent pas d'y réussir, même en Russie; n'ont-ils pas, sur les indigènes, l'avantage de l'instruction, et peut-être aussi de l'honnêteté? Le mal est que, sachant tout, ils ne savent pas le russe, et que, pour la plupart, ils ne songent pas à l'apprendre. Seul, Richelieu y réussit à peu près2; son ami Langeron, après trente ans de Russie, saura tout juste parler à ses chiens, et encore en s'aidant du français; tel autre n'aura retenu que karacho, tchisti et pétékok, pour kipiatok*. Les cas de Français parlant russe sont si rares que Krylof, voulant, dans une comédie, ridiculiser leur accent, est obligé, faute d'exemples, de l'imaginer semblable à l'accent allemand4!

Heureux donc qui peut se glisser dans un service de Cour où le français est plus nécessaire que le russe! Vers la fin du siècle, à Pétersbourg, M. de Maisonneuve est maître des cérémonies ; M. d'Angermon, chambellan; M. Labbat de Vivance, commandant du palais Michel; M. de Castelnau, surintendant des théâtres; le chevalier d'Augard, sous-directeur de la Bibliothèque impériale; l'helléniste Vauvillers, académicien, honneur qu'il partage avec Mme Vigée-Lebrun5. Heureux aussi qui peut plaire aux ministres! ils aiment à s'entourer d'un étatmajor d'étrangers titrés, bien payés et d'ailleurs inoccupés6.

1. Lucien Perey, La comtesse Hélène Potocka, Histoire d'une grande dame du XVIIIe siècle, pp. 131 etsuiv. — Cf. Lagarde, Voyage de Moscou à Vienne..., p. 117.

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