‹ La Culture française en RussieChapitre 183 sur 518 · Viazemski, Œuvres, I, p. xvi · texte numérisé non relu

Viazemski, Œuvres, I, p. xvi

Beaucoup pouvaient enseigner les arts d'agrément; Xavier de Maistre, avant d'être comblé par Tchitchagof, avait donné des leçons de pastel. Beaucoup connaissaient bien les classiques, et savaient faire partager à leurs élèves leur admiration pour Racine, Corneille et Voltaire. Quelques-uns avaient une teinture de lettres anciennes; les abbés enseignaient le latin. On en cite enfin qui sont forts en mathématiques ! Le chevalier de Kerlerault, ingénieur, arrivé en Russie à pied, réussit à surmonter, à force de science et de patience, le dégoût que la géométrie inspire aux petits Galitzyne et au futur mémoiriste Viguel1.

En concurrence avec les émigrés précepteurs, il y en a d'autres, de moins bonne marque, qui se font chefs d'institution. Les pensions pullulent; on en cite une jusque dans le village de Nikolskoié, à cinquante verstes de Simbirsk2. La plupart sont du genre de cette maison Forceville, « véritable école de perroquets », où les élèves des deux sexes n'apprennent que les langues et sont menés à la baguette, sauf Fun d'eux, un grand et gros garçon à qui la Forceville passe tout3. Mais il y en a de respectables; celle, par exemple, à Pétersbourg, de l'Alsacien Jacquinot4, et à Moscou, celle où Mlle Beauchet et son vieil ami, l'abbé Malherbe, pleurent Louis XVI avec leurs élèves, et leur font chanter « 0 Richard, ô mon roi5!... »

La maison modèle, c'est celle que fonde, en 1798, l'abbé Nicolle. Ancien préfet des études à Sainte-Barbe et « l'un des plus fins merles » qu'ait jamais connus Rostoptchine, il s'installe à Pétersbourg, sur la Fontanka, avec des collaborateurs tous plus ou moins abbés et jadis régents de classe, Lémery, du collège de Brienne, Salandre, Septavaux, Surugues, que nous retrouverons curé de Moscou. Chez lui, chaque élève a sa

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