‹ La Culture française en RussieChapitre 189 sur 518 · Voir plus loin, p · texte numérisé non relu

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2. Ses Mémoires, écrits en français, n'ont été publiés qu'en russe.

cela! Il n'y a plus de pages pour les porter. — Vous faites erreur, messieurs, riposte-t-elle; en Russie, nous n'avons pas versé le sang de nos princes! » Et les « Jacobins », qui ne savent pas que de préférence on les étouffe, s'esquivent tout penauds. A Paris, avec des amis retrouvés dans les galetas du noble faubourg, elle visite les églises, s'arrête longuement, au couvent de Picpus, devant les tombes des victimes de la Terreur, et pour leur entretien, sollicite et obtient de l'Impératrice deux mille roubles. Tout entière aux ombres du passé, elle ne veut rien savoir du Paris nouveau ni de ses fêtes. Deux ou trois fois, elle se rend en grand équipage à telle ou telle ambassade, mais c'est pour démontrer que, même aux yeux des Jacobins, un carrosse armorié et des laquais poudrés à blanc ont toujours leur prestige; c'est aussi pour traiter de haut, chez son hôte, les gens du nouveau régime. Elle refuse de se laisser présenter au Premier Consul. « Même si des Chinois l'ont fait, je ne le ferai pas ! » répond-elle au ministre de Russie, Markof, et pendant tout son séjour à Paris, Bonaparte ne l'intéresse qu'au moment où il enterre la République.

Tout autres sont les sentiments de Mme Divof, de celle-là même que nous avons vue jadis, à Pétersbourg, fêter les émigrés dans son « Petit Coblence ». Elle pleure de joie, à la frontière, en voyant l'uniforme français1; à Paris, elle n'a pas de cesse que Markof ne l'ait conduite aux Tuileries, avec d'autres Russes dont plusieurs sont assez heureux, par la suite, pour être conviés à Saint-Cloud, ce qui leur ouvre tous les salons du monde officiel. L'accueil y est empressé, bien que parfois un peu gauche. « La Révolution a été favorable aux étrangers, écrit Markof; elle a rendu la société bien plus accessible pour eux qu'autrefois. Mais, en revanche, elle les met en commerce avec des gens d'une bien étrange espèce2. » En tout cas, il

i. L. Pingaud, Les Russes à Paris, 1800-1830, dans le Correspondant, 1904, avril. 2. Archive Vorontzof, XIV, p. 296.

\ LA REPRISE DES RAPPORTS AVEC LA FRANGE. 20i

n'est plus de réception brillante sans des Galitzyne, des Troubetzkoï, des Stroganof, des Zamoïski, des Potocky, etc.1. On remarque leurs diamants; on s'intéresse aux cheveux blonds d'une Livonienne, Mme de Krûdner, dont un roman, Valérie, vient de faire sensation; on admire « la danse presque aérienne de la princesse Démidof » qui, de l'aveu de tous, peut seule rivaliser avec Mme Hamelin et Mme Récamier; on se divertit enfin des aventures de la princesse Serge Galitzyne qui, arrivée « comme un poulain échappé », porte au cou une miniature dont elle cherche partout l'original; faute de le trouver, elle s'arrange, en soupirant, des nez, des bouches, etc., qui s'en éloignent le moins 2. Cependant, les maris de ces fantasques visiteuses donnent le bras aux Parisiennes qui ne veulent plus paraître en public que flanquées d'étrangers. Or, comme Russes et Polonais sont de tous les plus polis et les mieux disants, on se les arrache, et d'autant plus que c'est le mot d'ordre d'en haut; il faut les « refamiliariser avec la France », les enguirlander3. On y réussit sans peine, et déjà ils louent des hôtels et donnent des fêtes; il leur faut bien faire revivre, pour l'instruction des Français ensauvagés mais encore éducables, « les beaux jours de l'ancienne société ».

Puis, voilà que derrière les grands seigneurs reparaissent, les uns après les autres, nos hôtes du xvme siècle, adorateurs du Palais Royal, théâtromanes, étudiants, lettrés, et parmi eux, le poète qui les réunit tous, le bon Vassili Pouchkine4. Il débarque à peine parmi nous que ses amis, à Moscou, riment déjà ses impressions-

Oui, mes sœurs; oui, mes bon amis, Qui vous morfondez en Russie, Saluez ! je suis à Paris ; J'apprends enfin ce qu'est la vie !

\. Gilbert Stengel, La renaissance de la France, pp. 351 et suiv.

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