‹ La Culture française en RussieChapitre 190 sur 518 · Comtesse de Boigne, Mémoires · texte numérisé non relu

Comtesse de Boigne, Mémoires

3. Reichardt, Un hiver à Paris sous le Consulat. Voir aussi Turquand, Madame Récamier, passim. Archive Vorontzof, XIV, p. 287.

4. Voir Pyliaief ; La vieille Moscou, pp. 392, 393, et Viazemski, Œuvres, I, p. 309.

Jugez un peu de mon bonheur ; J'ai vu Bonaparte lui-même !

Mieux encor ! notre ambassadeur M'a présenté — faveur extrême ! — A la charmante Récamier.

J'ai vu le Louvre, les Musées, J'ai vu Sieyès, j'ai vu Mercier, Et les cohortes bigarrées Des Mamelouks..., etc.

Parmi ces « et caetera », il a joué, pendant six mois, le rôle du Scythe soi-disant grossier que Voltaire avait jadis promené dans Athènes.

Les palais, les maisons, les boulevards, la Seine, Certes, je les ai vus ; mais, mieux que tout cela, J'ai vu des écrivains, pléiade souveraine, Fontanes, Bernardin, leur grand ami Talma. Ai-je eu l'air devant eux d'un Ostiak, d'un sauvage? Ont-ils pensé? « Le Scythe a besoin de leçons! » Non, car ils ont bien vu que, dès le premier âge, J'ai tâché de savoir mieux que des mots, des sons ; Qu'avec transport j'ai lu Tacite et Thucydide, Pline, et — puis-je avouer un tel péché? — Candide i.

Thucydide n'est là, sans doute, que pour la rime : les amis parisiens de Vassili Pouchkine n'en ont pas moins rendu justice à son aimable esprit. La légende veut qu'il ait tâché de les initier à celui de sa patrie; qu'il ait traduit et même imprimé, à Paris, des poésies populaires, et c'est peut-être de lui l'article signé P, dans le Mercure de France de 1802, sur les Morceaux choisis de la littérature russe, de Pappadopoulo et Gallais 2. Quoi qu'il en soit, ses leçons de russe aux Parisiens produisent moins d'effet que ses leçons de français aux Moscovites.

C'est à Moscou, en effet, qu'il faut maintenant observer la société russe. Pétersbourg a toujours la Cour et les hautes admi-

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