CHAPITRE III
La fin des préjugés; les rapports plus fréquents.
Séjours, en France, de grands seigneurs et d'étudiants russes; en Russie,
d'ingénieurs et d'artisans français. Leurs mésaventures. L'imitation de nos usages : les gaucheries du début. L'initiation à notre culture. Les livres sérieux et les autres; nouvelles idées et
nouveaux mots.
Le résultat immédiat du voyage de Pierre le Grand, c'est qu'il dissipe, et pour toujours, les méfiances qu'Allemands et Hollandais avaient si longtemps entretenues ; leurs « mauvais discours » sur la haine des Français contre les Russes ne tiennent pas contre « les grands honneurs qu'on a rendus, en France, à Sa Majesté Czarienne1 » et contre l'expérience faite par les seigneurs de sa suite que Paris a plus d'agréments qu'Amsterdam ou Vienne. Le Tsar en est à peine revenu qu'on y signale des Dolgoroukof, des Galitzyne, des Narychkine2; un peu plus tard, l'ambassadeur Kourakine y tient dignement sa place. « Il sentait fort la grandeur de son origine, écrit de lui Saint-Simon; mais avec beaucoup d'esprit, de tour et d'instruction, il ne laissait pas de sentir çncore le Russe3. » Qu'est-ce à
1. Dépêche de l'agent Lavie à Dubois, 5 juillet 1717, Société historique, XXXIV, p. 232.
2. Archive Kourakine, II, p. 428. — Piékarski, Les sciences et la littérature sous Pierre le Grand, I, pp. 239 et suiv.