‹ La Culture française en RussieChapitre 20 sur 518 · Saint-Simon, Mémoires, XV, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires, XV, p

dire? La correspondance de Kourakine avec son fils nous le montre fort au courant des usages, mais aussi très préoccupé de ne pas payer trop cher ses lakeï, ses valédéchambry, ses meniou*. Il tient encore, évidemment, des ambassadeurs parcimonieux du xvne siècle, et non sans motif; le Tsar oublie souvent de le payer.

Les Narychkine, eux, touchent déjà à cette Russie de l'avenir qui se ruinera à Paris. Tout jeunes encore, ils font en Europe « leur tour de cavaliers », et s'il faut en croire une lettre du maréchal d'Estrées à Pierre le Grand, c'est avec grand profit. « Messieurs de Narychkine, par qui la lettre de Votre Majesté m'a été remise, me paraissent dignes de l'honneur qu'ils ont d'être du sang d'un aussi grand monarque, et je trouve qu'ils ont porté leurs connaissances fort au delà de leur âge2. » Et, en effet, à en juger par un carnet de voyage qui peut bien leur avoir appartenu, ils semblent s'être initiés, à Paris, tout au moins au jargon des boudoirs. « Heureux amants, s'écrie le plus avancé de ces jouvenceaux, que je porte envie au bonheur dont l'amour couronne vos soupirs! »

Après les touristes viennent les étudiants, d'autant plus nombreux que maintenant Pierre le Grand n'en envoie plus ni en Angleterre, ni en Hollande. La plupart sont destinés à la marine, et par conséquent dirigés sur Brest ou sur Toulon; dès 1720 on y trouve, à l'École des « garde-marine », des Guérebtzof , des Youssoupof , des Rimski-Korsakof , etc. Ils y étudient « la navigation, le génie, l'artillerie, le dessin, la construction, la danse, l'escrime, Péquitation », et aussi le français, dont ils ne savaient rien à l'arrivée3. Profitent-ils de ce déluge de leçons? Tout ce que nous savons, c'est que l'uniforme bleu des gardemarine leur sied bien, mais qu'ils ne lui font pas toujours

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