Louise Fusil, Souvenirs d'une actrice
satrapes! » s'écrie la petite chanteuse française Louise Fusil; que de brillants officiers! que de toilettes encore plus légères qu'à la promenade ! « Voici une fillette de quatorze ans ; que son sourire est innocent! Voici la belle Mme X..., entourée de soupirants; son mari la suit en parlant chasse à l'ours, elle laisse tomber son mouchoir, un jeune homme se précipite, on sourit1. Mais peu à peu la foule se tasse; les joueurs sont à leurs tables; les hommes graves somnolent sur le Spectateur du Nord; le bal commence. Polonaises, écossaises, quadrilles français, menuets à la reine, farandoles à la grecque, valses allemandes, gross Vater, se succèdent jusqu'à l'aube, sans que les danseuses quittent l'air de mourante qui est à la mode à Paris2; elles ne perdent pas une danse, pourtant, et de tous les coins, les mères leur rabattent les danseurs. « Allons, petit père; fais danser la mienne ! » Heureux qui, comme Jikharef, trouve une moqueuse Arina Pétrovna pour le tirer d'affaire. « Excusez-le, madame; c'est un provincial qui ne vient au bal que pour manger des glaces3! »
Les jours où il n'y a ni bal ni promenade, il faut aller au théâtre, non pas à l'allemand — des charcutiers seuls s'y plairaient — mais au russe, par devoir, pour applaudir la tragédienne nationale, la Séménova; mais au français, par décorum et pour le plaisir. Il ne faut pas demander devant lequel des deux il y a six files d'équipages, le soir, au lieu d'une seule à l'autre4.
Est-ce à cause de la valeur des artistes? On sait que, dès son avènement, Alexandre Ier a fait engager tant d'acteurs français, et de si bons, qu'à Paris5 on a joué le Départ pour la Russie au Vaudeville et, aux Variétés, Allons en Russie! que les petits journaux, à l'envi, y ont dénoncé « ce vertige de nos