‹ La Culture française en RussieChapitre 200 sur 518 · Id., p · texte numérisé non relu

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C'est d'autant plus facile, semble-t-il, que maintenant « le Tout-Moscou » est une immense famille. Entre ces parents, ces amis, ces cousins de cousins qui vous invitent dès qu'ils savent votre nom, on arrive vite à ce que Biélinski appellera « le confort moscovite, c'est-à-dire la vie à ventre déboutonné ». Chacun s'arrange et reçoit à sa guise. « Tel nous convie, comme ses ancêtres, à partager son pain et son sel; tel autre à un bal, à un déjeuner dansant1. » Beaucoup ont leur jour fixe-, chaque semaine, la jeunesse arrive, emplit les chambres, danse; les chandelles fument, on étouffe, on boit du Champagne, ou, plus souvent, du kvas; et le lendemain, dans sa maison saccagée, l'hôte se sent le cœur à l'aise, car, dit Batiouchkof, « quand un Moscovite voit tout rangé autour de lui, il se croit dans un monastère ».

Il y a pourtant des règles dans ce « troulala continu », et des mots de passe. Le plus nécessaire, c'est le mot français; n'est pas homme du monde qui ne sait le placer à propos. Quelques vétérans du siècle passé l'ignorent, mais les jeunes gens l'ont constamment à la bouche, à telles enseignes que Tolstoï a dû remplir d'expressions françaises la première édition de Guerre et Paix, quitte à les traduire ensuite. On fait plus que prendre nos phrases. « Mon père, écrit le prince Viazemski, parlait la plupart du temps en français. Quand c'était en russe, il pensait tout de même en français, et ses amis s'étonnaient de la facilité avec laquelle il traduisait en une autre langue ses pensées françaises2. » On écrit non moins facilement, mais avec force fautes d'orthographe : elles sont mieux portées, si l'on peut dire, que les fautes d'accent qui révèlent qu'on n'a pas été mis, dès l'enfance, entre des mains françaises. Quant aux erreurs de mot et aux quiproquos de tout genre, ils font la joie des badauds. On se répète la conversation du général Ouvarof

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