‹ La Culture française en RussieChapitre 201 sur 518 · Œuvres, I, p. lviii · texte numérisé non relu

Œuvres, I, p. lviii

LA SOCIÉTÉ GALLOMANE. 213

avec Napoléon. « Qui commandait cette cavalerie? — Je, Sire. — Je est un brave! — Mais je, c'est ta, c'est moi, Sire! — Je vous en félicite *. » Le pendant, c'est la réponse du prince Eristof au roi de Prusse qui lui demande s'il y a des esturgeons en Russie. « Oui, Sire, et moi-même j'ai eu l'honneur de l'être pendant un an. » Vérification faite, il a compris sergent2. On parle donc français, mais de quoi? D'après miss Wilmot, « quand les dames, à Moscou, vous ont regardée de la tête aux pieds et embrassée cinq ou six fois ; qu'elles vous ont dit brusquement que vous êtes charmante, et se sont informées du prix de chaque objet de votre toilette ; qu'elles vous ont enfin vanté par avance l'éclat de la prochaine assemblée de la noblesse, il n'y a plus rien à attendre d'elles3 ». S'il en est ainsi, il faut que l'étranger paye de sa personne; outchitel tout désigné pour les jeux des grands enfants, le Français qui arrive est saisi, entraîné. « On le choie sans trêve.... En soirée, il se sent comme un petit potentat. Parle-t-il, on se tait. Se tait-il, c'est un concert de plaintes : Ah ! la France ! Il n'y a que la France 4 ! » Dans cette tirade fameuse, Griboiédof n'a guère exagéré. « Il n'y avait pas en ce temps-là, écrira plus tard le Messager d'Europe, de fiançailles, de noces, de divorces, de funérailles, de testaments, de baptêmes où, d'une façon ou d'une autre, un Français ne participât5. » Ils sont si nombreux qu'ils font changer les habitudes nationales. « En Russie, dit Golovkine, jusqu'au règne d'Alexandre Ier, les hommes, en entrant dans un salon, baisaient la main aux dames qui leur donnaient un baiser sur la joue. La grande quantité d'étrangers — lisez : de Français — . qui voulurent faire de cet usage national une affaire de galanterie fut cause qu'il cessa6. » En dédommagement, ils apportent

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