‹ La Culture française en RussieChapitre 202 sur 518 · Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

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leurs petits jeux, leurs petits vers — parfois copiés dans un vieil almanach — et leurs plaisanteries, que d'avance on est décidé à trouver drôles, comme jadis les grimaces du nain ou du bouffon : que par hasard ils se taisent, c'est une déception générale. En juin 1812, Mme de Staël est à Moscou; des notables lui offrent un banquet solennel. Au commencement, les dames sont intimidées; l'attention des hommes se partage entre l'illustre visiteuse et l'énorme sterlet posé devant elle. Pour rompre la glace, elle risque une équivoque un peu vive; les visages s'éclairent. Alors elle lance un calembour; c'est du délire, et des convives sont impatients de quitter la table pour reporter dans tous les salons ce qu'Elle a dit1.

Mais répéter n'est pas tout; il faut trouver des mots clignes du maître. Les beaux esprits moscovites y réussissent; en 1812, à Nijni-Novgorod, pendant que Moscou brûle, Vassili Pouchkine charme son exil par des calembours « dignes des temps les plus ténébreux de la monarchie française2 ». Viennent ensuite les jeux de société; Mme Vigée-Lebrun se vante à tort d'avoir introduit les tableaux vivants en Russie, mais c'est l'abbé Lebreton qui révèle à Moscou l'art de découper des silhouettes3; les émigrés y joignent les charades, les énigmes, les portraits, la main chaude, le pigeon-voie, avec gages et pénitences, bref, « toute cette vaine et sotte gymnastique de l'esprit » contre laquelle Gogol se fâchera plus tard. « Il faut donc combattre l'ennui! » lui répond d'avance Batiouchkof 4.

Les façons de le combattre varient selon les temps. En France, la guitare est à la mode5; toute Moscovite qui se respecte en demande donc des leçons à Mlle Percheron de Moussy. Puis,

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