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Baronne d'Oberkirch, Mémoires, II, p

LA SOCIÉTÉ GALLOMANE. 215

vers 1807, Louise Fusil acclimate sur les bords de la Moskva, les bergers de ceux du Lignon, et les chevaliers qui reviennent de ceux du « Maure1 ». « Nos chansonnettes faisaient fureur, écrit- elle.... Ce n'étaient plus que bacheliers, bachelettes, damoiselles.... J'avais dans mon album la Sentinelle appuyée sur sa lance, le Départ pour la Syrie, le Troubadour, etc. Je ne puis rendre l'effet que produisit la romance de Joseph2, de même que Y Émigré montagnard de M. de Chateaubriand.

Combien j'ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissance!

Je ne pouvais les chanter sans voir couler des larmes. » Mais bientôt, les auditrices de Louise Fusil rivalisent avec elle, et son répertoire envahit toute la Russie. Perdu près de Serpoukhof, le comte de Lagarde reçoit l'hospitalité chez un gentilhomme inconnu; le soir, la fille de son hôte prend une guitare et chante. « Jugez de mon émoi quand j'entendis une de mes romances : C'est une larme3... ». Bien longtemps plus tard, àTrieste, la reine Hortense n'est pas moins émue quand la famille de Ribeaupierre, rencontrée par hasard, lui chante « Partant pour la Syrie4... ».

A la même époque il y a, sur tout guéridon, des albums, du papier, des écritoires, des crayons. « Ceux qui ne faisaient pas de musique écoutaient en dessinant, ou bien écrivaient des folies.... » Ces albums, « un pour les vers et la prose, un second pour le dessin, le troisième pour la musique 6 », sont l'accessoire indispensable de toute maîtresse de maison, de toute jeune fille : Pouchkine ne les oublie pas quand, dans Eugène Oniéguine, il décrit la jeune première de ce temps.

1. Louise Fusil, Souvenirs d'une actrice, II, pp. 208 et suiv.

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