‹ La Culture française en RussieChapitre 204 sur 518 · Louise Fusil, II, p · texte numérisé non relu

Louise Fusil, II, p

Elle avait un album de vers, Parlait toujours, comme au théâtre, En minaudant avec sa voix ; Au risque d'être mal à Taise, Portait un corset trop étroit Et prononçait à la française Notre n russe, en le nasillant *..

Il serait bien extraordinaire qu'à ces divertissements les Moscovites n'eussent pas joint la comédie de société. Chaque bonne maison a son théâtre : celui du comte Soltykof, à Marfîno, dans un bois de tilleuls que gardent des canons enlevés aux Prussiens par l'aïeul du comte, revient constamment dans les récits des mémoiristes2. C'est là que Vassili Pouchkine, qui a reçu des leçons de Talma, joue Orosmane avec un succès que n'amoindrissent ni son embonpoint peu tragique, ni les quolibets de son cousin Alexis, qui promène par la salle le quatrain que, dit-il, Vassili a fait pour Mme Récamier.

0 douce Récamier, Que tu me semblés belle !

Que ne suis-je ramier!

Que n'es- tu tourterelle 3 1

Vassili proteste et se fâche, mais n'en reste pas moins l'inséparable de son persécuteur. Vers 1809, le Français Domergue, arrivé à Moscou pour diriger la troupe française, les voit jouer ensemble.

Peu après mon arrivée, je fus invité chez Mme Pouchkine mère ; à ma grande surprise, j'y vis jouer plusieurs pièces françaises; MM. Vassili et Alexis Pouchkine y tenaient les principaux rôles. Je me croyais transporté par enchantement dans la meilleure société de Paris4....

Il ne faut pas s'étonner, après cela, qu'un autre Pouchkine, Alexandre, qui a dix ans et sans doute assistait à cette soirée,

1. Eugène Oniéguîne, Cb. II, âtr. XXXIII. — ■ Cf. Tolstoï, Guerre et Paix, ï, p. 20 de la trad. franc.

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