D'Allonville, Mémoires, V, pp. 96 et suiv
tableaux. Comment, d'ailleurs, ne pas lui savoir gré de cette É pitre aux Français à laquelle il a mis pour épigraphe ces vers de Pradon?
Moi qui vous aime tendrement Je n'écris que pour vous le dire....
Et comment, d'autre part, en un siècle sensible, ne pas partager un peu les bons sentiments de son Épître aux Troubadours?
J'aime à la fois les fleurs, les champs, les coquillages, Les beaux seins palpitants, les yeux bien affilés, Les fruits, les diamants, les ruisseaux, les ombrages, Les fossettes, les mains, les jolis pieds moulés. Je m'intéresse à tout, à la mélancolie, A la peine, au plaisir, au malaise, au bonheur D'un oiseau, d'un lapin, d'un arbre, d'une fleur, D'un arbre même encor sur sa base fleurie, Car, croyez-moi, tout sent le charme de la vie... l
Ce sont là, avec un grain d'extravagance en plus, les idées, les images, les rimes de nos poètes. Elles valent à peu près, sur les bords de la Moskva, ce qu'elles valaient ailleurs, et témoignent, en tout cas, qu'on nous y lit beaucoup.
Il y a des moments, en effet, où, même à Moscou, le troulala s'interrompt; où l'on demande à des livres, ou l'oubli du présent, ou la préparation du lendemain. Or, on en trouve partout maintenant2; l'Anglais Clarke assure que, même à Tobolsk, il y a des libraires 3. A Moscou, Lavaux et Courtener vous fourniront les nouveautés, même défendues par la censure4; tout gentilhomme, n'eût-il que 500 roubles de revenu,
1. Poésies françaises d'un prince étranger, Paris, Didot, 1809.
2. Karamzine, Du commerce des livres. — Batiouchkof, ouvr. cité, p. 207,