La leçon à nos filles
5. Guerre et Paix, II, p. 376 de la trad. franc. <6. Barsoukof, La vie et Vœuvre de Pogodine, I. 7. Sipovski, Études sur le roman russet p. 245.
ce sera sous les traits de la jeune personne qui rêve, à sa fenêtre,
Avec le tome quatrième, D'un fort sentimental roman, Les amours d' Elise et d'Armand Ou les lettres de deux familles, Qui, dans ses longueurs infinies, D'un bout à l'autre est fort moral *,
moral, bien entendu, en ce sens qu'il enseigne l'amour élevé, qui est un progrès, et qu'on ne saurait pratiquer sans les leçons des Français. « C'est Staël et Chateaubriand qui nous apprennent à aimer, » a dit encore Pouchkine, et ce serait fort bien, sans doute, si l'on n'écoutait qu'eux. Mais voilà Faublas qu'on traduit, à titre d'œuvre capable d'épurer les mœurs, qu'Ismaïlof imite dans Eugénie ou les suites d'une mauvaise éducation, et Tchoulkof aussi, dans sa Cuisinière complaisante. Puis. on importe quantité d'œuvres écloses sous le Directoire, et que l'Empire a pourchassées. Qu'elles aient eu grand succès, on n'en peut douter, en trouvant leur imitation dans des recueils plus ou moins secrets, et signés parfois de noms illustres.
Faut-il en conclure à l'immoralité de cette société? Sur elle, comme sur les Pétersbourgeois du xvme siècle, les témoignages se contredisent, et les plus sévères ne sont pas ceux des étrangers. Joseph de Maistre se plaint de « ces grandes maisons de plaisance, moins russes que françaises, où tous les vices dansent sur les genoux de la frivolité2 ». Lôwenstern affirme que « toute la jeunesse d'alors s'imaginait devoir singer Richelieu. C'était tous des Lauzun au petit pied3 », et Griboiédof renchérit encore. « C'était, dit-il, un mélange de vices et d'ama-