Général de Lôwenstern, Mémoires
LA SOCIETE GALLOMANE. 221
bilité; parfois, dans les mœurs, une sorte de chevalerie; dans le cœur, une absence complète de sentiment. Les duels étaient nombreux; chaque homme brûlait du désir de tromper les femmes en amour, et les autres hommes aux cartes ou autrement1. »
Il est difficile de dire à quel point Lauzun ou Richelieu sont responsables, ou de ces vices, ou de cette chevalerie; l'exemple des Français ne transforme pas les Russes autant que d'aucuns l'imaginent. Nos dehors sont imités avec succès ; notre langue « n'a jamais mieux mérité le nom d'universelle » ; notre plaisanterie, nécessaire au monde, l'est encore plus en Russie que partout ailleurs2 : pourtant, miss Wilmot nous assure que, malgré leurs efforts, les dames n'y ont pas « la douceur, la suavité des manières qui régnent si généralement en France3 ». Et, là-dessus, les Russes tombent d'accord avec elle : dans des lettres datées de 1810, un inconnu trouve qu'à Pétersbourg « le goût et le luxe des appartements, l'accueil du maître de la maison, la langue française dont il se sert, tout cela enchante, mais cet enchantement disparaît à la deuxième ou troisième visite. La conversation languit parce que, chez nous, on ne s'intéresse qu'à la nourriture et aux cartes. Nous pouvons prendre les modes et l'aspect extérieur des Français, mais nous n'aurons jamais ni leur vivacité, ni leur riche fantaisie, ni leur humeur sociable4.... »
C'est là trop de sévérité pour les uns, d'enthousiasme pour les autres. Il est naturel que le passé russe vive encore, même chez les plus cultivés des gallomanes; que, chez les autres, une mince couche de culture n'ait pu créer tout l'esprit d'Occident. Il semble d'ailleurs que beaucoup de Russes aient une tendance