Voyage en France, trad. Legrelle, pp
tion lente qu'il faut suivre de genre en genre pour déterminer un recul fort approximatif des vieilles influences.
Nous avons déjà dit que le genre le plus apprécié, c'est le roman ou plutôt IsL nouvelle1 ; le lecteur russe est encore loin de l'endurance nécessaire aux lectures longues et sérieuses. « Les longs écrits ne sont pas à la mode chez nous, remarquera Yiazemski un peu plus tard ; vite, à propos et fort, voilà, pour notre temps, la règle des trois unités 2. »
Or, des nouvelles, les plus populaires sont celles de Karamzine; la Pauvre Lise, Eugène et Julie, Nathalie la fille dç hoïar, etc., pénètrent dans les provinces les plus reculées; on les lit même en France, assurent des journaux moscovites, et on y trouve que « cet écrivain d'un pays encore un peu barbare est digne de rivaliser avec les Marmontel et les Florian3 ». Karamzirie est en effet le truchement qui transmet au grand public les leçons de sensibilité que nous avons vu Romme extraire de Bélisaire pour Popo Stroganof . Eugène et Julie se promènent, au clair de lune, en parlant d'immortalité; sur quoi Eugène meurt à la fleur de l'âge, et nous pleurons quand nous découvrons, par hasard, sa tombe oubliée. La pauvre Lise est une serve que le seigneur Eraste a aimée, puis abandonnée, et qui s'est jetée dans un étang voisin de Moscou : le poète va souvent rêver près de l'humble croix qui marque sa sépulture... Partout, dans les nouvelles de Karamzine et de ses innombrables imitateurs, les héros sont sensibles; leur joie est d'obéir à leur cœur, « le plus précieux des dons de la' nature4 ». Mais, hélas! l'homme n'est pas fait pour le bonheur! Surviennent les traîtrises du sort, les passions dévorantes, dont rien ne peut le