‹ La Culture française en RussieChapitre 213 sur 518 · Lettre à Dmitrief. Voir Archive russe, 1866, p · texte numérisé non relu

Lettre à Dmitrief. Voir Archive russe, 1866, p

3. Le Patriote, 1804, cité par Sipovski, Le Roman russe, p. 262.

4. Sipovski, Influence de Werther sur le roman russe, dans le Journal du ministère de l'Instruction publique, janvier 1906, p. 75.

sauver — sinon la femme. « Femmes, sauvez les mœurs : sauvez l'humanité! » s'écrie donc le Patriote, revue de Moscou, dès soiïi premier numéro1. De son côté, le Journal des Belles invoque les femmes illustres qui brillèrent aux époques de chevalerie, puis Mme de Maintenon, Hortense Mancini, et même « l'incomparable Ninon de Lenclos2 »; ce qui donne à penser que les écrivains sensibles comprennent largement la vertu. Leur sensibilité, en effet, voisine avec la sensualité, et de si près que Karamzine est obligé de protester contre les écarts de ses fils littéraires. « Libre aux jeunes écrivains d'apprendre à leurs lecteurs que les femmes ont des jambes et des bras.... Nous, les vieux, nous avons tout vu, mais nous ne le décrivons pas3. » Grivoiserie, sensualité, sensibilité, d'où tout cela vient-il? Il est clair, d'abord, que Karamzine s'est inspiré des Français auxquels on le comparait, et de leurs disciples : « Hier, écrit-il de Paris, en 1790, j'ai passé cinq heures chez Mme M...; nous avons parlé de la sensibilité5 ». De son côté, l'apothéose de la femme, dans les feuilles moscovites, n'est autre chose que l'écho, et du vers de Legouvé,

Tombe aux pieds de ce sexe auquel tu dois ta mère8,

et de nos romans, et surtout de la Nouvelle Héloïse, qu'on lit maintenant jusqu'aux frontières de la Chine6, pour le plus grand profit, semble-t-il, des mœurs russes; la plupart des mémoiristes jurent, en effet, que le spectacle des amours de Saint-Preux les a purifiés, et que, seuls, de vieux débauchés pourraient y contredire7. Quoi qu'il en soit, à côté d'elle, René,

1. Cité par Piatkovski, Développement de la culture russe, II, p. 99.

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