‹ La Culture française en RussieChapitre 215 sur 518 · Le malheureux Werther · texte numérisé non relu

Le malheureux Werther

sur son coeur la Nouvelle Héloïse aussi bien que Werther1; leur héroïne ressemble autant à Julie qu'à Charlotte. Même la pastoure du Lac de Rostof nous est présentée, sur le seuil de sa chaumière, avec la Nouvelle Héloïse à la main, car, bâtarde d'un seigneur, elle a reçu les leçons d'une mamzelP. En définitive, Gœthe et Rousseau se confondent, et les Russes de ce temps ne sont pas plus détachés du goût français que ne l'était Rousseau lui-même. Il faut noter, d'ailleurs, que l'avenir du roman russe est dans le réalisme, et que son précurseur, Nariéjni, va justement se recommander de l'exemple de Gil Blas de Santillane 3.

Mais l'évolution littéraire qui s'accomplit en Europe est une réaction surtout contre notre poésie et les règles fixées par l'abbé Batteux ou par Boileau. C'est donc dans la poésie russe que nous aurons le plus de chances de découvrir des indices d'un changement du goût.

Il y en a un qui saute aux yeux, La poésie pompeuse n'est plus à la mode : si, dans la capitale des fonctionnaires, on cultive encore l'ode officielle4, on tient, à Moscou, que « la poésie consiste, avant tout, dans la vivacité des pensées et des sentiments5 » ; qu'il faut, dans les vers, « faire sourire la tendresse » de telle façon qu'on puisse toujours « les lire à une jolie femme ». On s'adonne donc aux petits, aux tout petits genres; mais il n'en est pas autrement à Paris, et dans cette évolution les Russes suivent encore les Français6.

Parfois, pour la fable, ils s'inspirent de l'Allemand Gellert, mais qui dénombrera leurs imitations de La Fontaine, Florian, Saint-Lambert, Ginguené, Boisard, Le Bailly, Joliveau, Jauf-

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