‹ La Culture française en RussieChapitre 219 sur 518 · LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE

dence. Rien de plus allemand, donc, que ce nouvel élément de la poésie russe; mais, en le constatant, n'oublions pas que nous avons entendu tout à l'heure les Français prêcher la mélancolie; du mélancolique au funèbre, puis au fantastique, il n'y avait qu'un pas. Et le fait est que Joukovski a été aussi le traducteur d'innombrables poésies françaises, et qu'il passait d'une littérature à l'autre sans soupçonner qu'il préparait une révolution1.

Il l'aurait senti s'il s'était occupé du drame; car c'est là que gît — tous les Allemands ne cessent de le clamer — la grande différence de l'art classique, français, et de l'art nouveau qu'ils appellent romantique. Or, cet art, les Russes ont déjà appris à l'aimer dans Schiller. Dès 1790, Karamzine le louait; à la même époque, les élèves de la pension noble de Moscou, et parmi eux Joukovski, jouaient ses Brigands; les traductions de ses drames ont été nombreuses dans les années suivantes. Enfin, en 1808, Gniéditch rêve de composer, à son instar, une trilogie en quinze actes2. Cette fois, semble-t-il, c'est bien la rupture avec la tradition française.

Elle se prépare, en effet, mais ne s'opère pas : Gniéditch recule devant les moqueries de ses amis, de la société tout entière. Partout on raille le théâtre allemand et ses étrangetés : le comte Stroganof se tient les côtes, en voyant, au bas d'une affiche de la troupe allemande de Moscou, après la liste des personnages, l'indication ^collective « Damen, Banditen, Senatorenz ». Quelques rares audacieux luttent bien contre le courant; le jeune Jikharef essaye de faire comprendre au vieux major Evréïnof que l'œuvre des Encyclopédistes ne réchauffe pas l'âme autant que les vers de Schiller : Evréïnof jure que si. c< Mais enfin, demande Jikharef, les avez- vous lus, ces vers?

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